
une jolie jeune femme en dernières années d’ingénieure m’a été adressée par un médecin de ville, dans la lettre il signale que la patiente est déprimée suite au décès de son père,
blonde avec une certaine innocence, elle porte un pantalon rouge écarlate avec un pull blanc ample élégant et une sorte de collier de chien autour du cou qui ne cadre pas avec l’expression fine et intelligente du visage,
je ne vois pas de signes de dépression, peut-être un détachement par rapport aux choses qui l’entourent, elle relate le fait qu’elle a acheté des boules de noël et des guirlandes qu’elle a mises sur un mur de sa chambre comme décoration à la mémoire de son père défunt encore jeune, ce discours me semble plaqué, il est aussi question de ses camarades de promotion qui sont nombreux à l’accompagner à la sortie des cours, et je commets l’erreur de ne pas explorer davantage cette donnée,
elle rapporte l’existence d’une sœur qui vit avec son compagnon en AUSTRALIE, avec lequel elle a des liens du genre » are you drunk » qui laisse entendre que comme beaucoup d’ « intelligents » de sa génération il existe un recours à l’alcoolisation tout à fait banalisé, une mise en garde semble déplacée, je me sens très vieille, et je ne comprends pas la raison de la difficulté de l’ingénieure,
elle va revenir en tenue noire et rouge avec des bottes un peu voyantes, vêture qui évoque les madames qui travaillent la nuit avenue de la foret noire à SXB, il y a un sous-entendu mais je ne comprends pas, je reste sous le coup de l’innocence qui émane de sa personne et peut-être aussi de son insolence,
elle ne va pas dire les choses, elle va me trouver pas intelligente de ne pas comprendre implicitement, de ne pas comprendre que les camarades de promotion reviennent chez elle après les cours, ils sont une dizaine plusieurs fois par semaine à avoir un accouplement singulier/ pluriel, devant le mur garni de boules et de guirlandes, qu’elle ne les repousse pas, qu’elle ne ressent pas de gêne par rapport à la disparition de son père, c’est cette indifférence qui l’a menée chez le médecin de ville, parce qu’elle SOUFFRE d’UNE PERTE EMOTIONNELLE par rapport à la disparition de son père, qui coexiste avec une force cynique qui la mène à multiplier les relations s.x.elles et qui anéantit tous les sentiments,
elle a du mépris pour le fait que je ne comprends pas sa conduite, elle ne comprends pas que je travaille dans un registre de parole, et non sur l’exploitation d’allusions visuelles, et moi je suis en échec devant ce langage rouge et animal comme un collier de chien, lucide et blanc comme
un jugement inflexible, abolition des sentiments dans la clarté de l’esprit, comme une nouvelle forme de dépression chez les hauts potentiels
et ce refus de comprendre que je ne comprends pas sans paroles, qui me donne l’impression d’être reléguée dans un registre qui n’existe plus,
une innocence désabusée, et une distance lucide devant l’inanité des sentiments qui vient dire la désolation d’un être humain vaincu par une intelligence médiatisée, et qui demande sans le dire qu’on lui redonne un cœur pour pleurer, et on n’arrive pas à priori à retrouver ces sentiments qui ont été « réinvestis » dans une intelligence mal médiatisée .